Le lait de jument : un nectar insoupçonné

Photo Lylia Berthonneau

Le lait de vache remporte la palme d’or auprès des consommateurs,  le lait de jabot beaucoup moins et pour cause, c’est une substance très nutritive que les oisillons récupèrent dans le gosier de leur mère.  Désormais,  il faudra compter avec le lait de jument  !
Ses vertus sont connues depuis l’Antiquité. Cléopâtre en faisait son eau de bain mélangée au lait d’ânesse. De plus en plus présent dans les rayons frais des magasins, le liquide blanc au petit goût de noisette gagne progressivement l’estime des clients du XXIe siècle.

Julie et Etienne Decayeux, producteurs de lait de jument, sont les premiers surpris par l’ampleur que prend leur société, « Chevalait ». Installé à Neuville-près-Sées (Orne) depuis 10 ans, le couple a commencé avec une centaine de chevaux. Pour faire face à la demande, l’effectif a plus que doublé, avec 250 têtes de race percheronne et trait du nord, dont 120 juments. « Nous avons sélectionné ces chevaux de trait pour leur douceur et leur capacité laitière. Chaque animal porte un prénom », confie la patronne très attachée à ses bêtes.  

                                                     « Il a la cote auprès des parents »

C’est le seul lait animal à être issu d’un non ruminant, ce qui le rend naturellement moins gras, très peu allergène et plus digeste. Très proche du lait maternel, riche en vitamine C, ce nectar a la cote auprès des parents. Selon le responsable du rayon crèmerie du magasin Grand Frais d’Argenteuil, les clients connaissent parfaitement ses bienfaits et l’achètent dans un but bien spécifique. « Un client vient régulièrement en acheter pour son fils allergique au lait de vache ». Son homologue de Taverny remarque que, au milieu des jeunes mamans, se glissent des mamies soucieuses de leur santé. « L’une d’entre elles achète chaque semaine ses deux bouteilles. » Preuve que son prix élevé (10 euros le litre) ne dissuade pas les clients en quête de produits de qualité. « Notre lait est distribué dans 550 points de ventes, principalement des magasins bio et ceux spécialisés dans les produits de saisons. Notre site internet est consacré à la vente par correspondance. Cela concerne le lait en poudre et les produits cosmétiques », explique la dirigeante.

                            

                                                                « Le lait de l’amour »

« Le lait de l’amour », c’est ainsi que l’a baptisé Julie Decayeux, car pour que la jument entre en lactation, elle doit être au contact de son poulain. S’il meurt, la jument cesse dans les 24 heures de fabriquer du lait, un impératif qui coûte cher « pour un même produit, il nous faut nourrir deux bouches ». A cela s’ajoute la faible capacité de production d’une jument « moins de 10 litres de lait par jour », précise Mathieu l’un des huit employés de la société ornaise. Autre contrainte, sitôt la traite terminée le lait part dans une pièce aseptisée de la propriété de 200 hectares, pour subir un processus de conservation car dans les deux heures qui suivent sa récupération, il s’oxyde. « La pasteurisation à basse température est notre particularité. C’est ce qui fait que nous pouvons commercialiser notre lait, une première mondiale » se targue Etienne Decayeux.

Cette innovation a suscité la curiosité des institutions alimentaires de son département – Chevalait a été récompensé en 2011 par le premier prix de la dynamique agricole- et les regards très intéressés de la Chine, de la Pologne et du Kazakhstan. « Nous sommes très éloignés des grands bassins d’activité. La plus grande ville est Alençon, préfecture de l’Orne, à 32 km de chez nous, avec à peine 29 000 habitants » s’interroge Etienne Decayeux sur cette notoriété soudaine.

Un seul point manque au tableau pour que le couple soit totalement satisfait « Nous voudrions que notre lait soit reconnu lait infantile » espère Julie, mais aucun protocole de validation n’est actuellement en cours pour obtenir le Saint Graal.  


  Photo Lylia Berthonneau