A qui ou à quoi sert le festival de Cannes ? Cette manifestation cultive jalousement son inaccessibilité au commun des mortels depuis sa création en 1946. A moins de se transformer en guerrier pour franchir les lignes de démarcation qui séparent ce monde de paillettes du nôtre ou encore en équilibriste juché sur un escabeau pour capturer le regard d’une belle… non merci !
Moi ce que j’aime dans cette quinzaine cinématographique, c’est son Cannes à lui. Lui, c’est Pierre Vavasseur, journaliste au Parisien. Tel le médecin au chevet de son malade, il se sert de sa plume comme d’un thermomètre pour nous donner la température de Dame Croisette, et plus la fièvre est élevée, meilleure est la lecture.
Son rapport quotidien intitulé « Mon Cannes à moi », nous relate sur un ton délicieusement acide les frasques provoquées par l’effervescence superficielle et éphémère de cette réunion entre amis !
Le diagnostic est à chaque fois sans appel, mon journaliste préféré sait mettre le doigt (ou les mots) là où ça fait mal.

Alors, un pincement au coeur pour ce cru 2014 qui s’achève. Revenez vite docteur !

On se quitte sur les consignes du médecin, préconisées le 22 mai dans le Parisien :

RAPACES
« NICE MATIN qui a toujours la plume alerte, recensait à sa une avant-hier, 200 espèces d’oiseaux dans le Var. A Cannes, douze jours par an, on en dénombre bien plus. Des migrateurs. Une invasion. Ils se posent partout, piétienent tout, bouffent tout et repartent comme ils sont venus. On en observe certains trotter le matin le long de la mer comme des chevaliers gambettes, ces petits oiseaux pressés des rivages. Sauf qu’ils ne la regardent pas. C’est la nuit qu’ils se désaltèrent , d’oasis en oasis, où l’on ne boit pas que de l’eau. Les oiselles circulent sur échasses. Cette année, elles ont encore grandi d’un cran. A Cannes, si la mer déborde, les femmes seront sauvées. C’est leur haut talent. Les hommes s’efforcent de faire le paon. Dans ce monde de rapaces, un grand hotel a embauché deux aigles. Ce n’est pas du cinéma. Quand ils déploient leurs ailes, ils font sensation. Postés sur le toit, ils chassent les mouettes qui chassent les miettes. Le directeur de ce nid de stars admire leur zèle. Steve Carell, l’acteur de « Foxcatcher », peut venir dormir là. Dans le film, il demande à Channing Tatum de l’appeler « Aigle royal ». Sa prestation vole très haut. A l’heure du prix d’interprétation, il serait franchement dommage qu’il y laisse des plumes. »
Pierre Vavasseur

Publicités