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Ce matin dans le parc de Maisons-Laffitte qui abrite près de soixante-dix écuries de chevaux de courses, c’est le jour du dentiste.

Sous une pluie fine, Fabrice Delgrange visite les boxes un à un en tirant derrière lui le chariot chargé de ses outils dentaires. il arrive tout juste d’Agen où il vit. La bouche du cheval, c’est son palais. Il en connait tous les recoins. Depuis trente-cinq ans, Fabrice y fait le nettoyage et en assure le bon fonctionnement. La cavité buccale du cheval peut être comparée à la boîte de direction d’une voiture, toutes les commandes du jockey sont transmises par là. Les quarante dents du mâle et les trente-six de la femelle poussent en permanence de deux à trois millimètres par an. C’est aux dix-huit mois du poulain que le praticien intervient, dès que l’animal se familiarise avec le port du mors.

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Si râper représente la principale action du technicien dentaire, d’où son surnom de « râpeur de dents », l’extraction des dents de lait s’avère tout aussi important jusqu’à l’âge de cinq ans. Une enquête menée en 1938 sur 30 000 chevaux de l’armée allemande démontrait que le nivellement systématique des dents permettait une amélioration de la santé et un meilleur rendement au travail.
La dentition du cheval comporte une autre particularité qui ne doit pas échapper à l’examen dentaire, les dents de loup. Ces dents sont présentes sur environ un tiers des chevaux, elles sont souvent cause de gêne au contact du mors, voire très douloureuses. Une main empoignant le licol et l’autre dissimulée dans la bouche de l’animal, le dentiste poursuit ses explications « contrairement à l’homme, le cheval n’a pratiquement jamais de caries. Si cela se produit, la plus part du temps c’est du à un choc ». Sélectif dans son alimentation, l’équin n’ingère pas de corps étrangers.

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« Il n’y a pas de diplôme pour notre activité, quelques formations existent mais elles ne sont pas reconnues, notre situation est un peu obscure » déplore Fabrice Delgrange. Des associations agissent pour obtenir mieux que des certificats de compétences. « Ce manque de statut, nous interdit d’administrer des tranquillisants. Nous devons faire appel aux vétérinaires si le cas se présente. Et même si nous travaillons en bon accord avec ces professionnels, l’idéal serait qu’une formation soit dispensée par les écoles vétérinaires », ajoute-il.

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Fabrice a appris le métier sur le tas. Avec l’expérience, il jauge au premier coup d’oeil le tempérament de son patient. Il n’a jamais rencontré de gros soucis. Mais les 300 kilos qui lui font face restent un danger, un lad seconde toujours le dentiste. Pour éviter les morsures durant l’examen dentaire, le cheval porte un écarteur de bouche.

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La force que déploie le dentiste pour les extractions et le bruit de la râpe rendent le spectacle impressionnant, mais indispensable « si vous ne voulez pas que votre cheval parte à droite, lorsque son cavalier lui ordonne de prendre à gauche » confirme le soigneur. Le passage du dentiste coûte en moyenne quarante euros par cheval, le tarif varie plus ou moins, en fonction du nombre de chevaux à soigner par écurie.

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