Mylène Paquette en communication avec le Queen Mary 2
Mylène Paquette en communication avec le Queen Mary 2

Traverser l’Atlantique Nord à la rame, c’est le challenge que s’est lancé Mylène Paquette. Cette québécoise de 35 ans a quitté le port d’Halifax (capitale de la province canadienne de la Nouvelle-Ecosse) le 6 juillet dernier et pense atteindre le port de Lorient (Morbihan-Bretagne) mardi 12 novembre.

Cinq mille kilomètres et cinq mois d’épreuves

A quelques jours de palper à nouveau la terre ferme, Mylène a frôlé la mort. Dimanche dernier, des vagues gigantesques et un vent violent se sont acharnés sur son bateau, la transformant en un petit pois dans une machine à laver. Elle s’est frappée la tête contre les parois de son embarcation « Je n’ai pas perdu connaissance, mais j’ai vu un flash noir. J’étais un peu en état de choc » rapporte t-elle à la presse québécoise après avoir recouvrer ses forces. En contact avec son équipe au sol depuis le Québec, ses interlocuteurs entendaient le déferlement des vagues. Beaucoup d’angoisses d’un côté et de l’autre de l’océan mais la rameuse ne s’en sort pas trop mal, quelques contusions à un bras, à la tête et à une jambe.

Une intervention royale

Cette battante avoue tout de même avoir hâte que l’aventure se termine car elle n’en est pas à sa première frayeur « le matériel est fatigué et moi aussi ». Le 25 septembre après 83 jours de mer, la tempête tropicale Humberto croise sa route. Le bateau semblable à une petite coquille de noix dans ce désert aquatique chavire. Dispersant dans la mer son matériel de communication, son ancre et ses vivres. La navigatrice parvient tout de même à joindre son équipe avec un deuxième téléphone satellite épargné par la tempête. Ses contacts terrestres lanceront une demande d’assistance au cargo le plus proche. Une douzaine d’heures plus tard, c’est le Queen Mary 2 qui lui porte secours. Depuis le pont du paquebot, l’équipage lui transborde le matériel et les vivres nécessaires à la poursuite de cet incroyable périple. Le tout sous les applaudissements des 1500 passagers du navire.

Militante pour la défense des écosystèmes marins

Une aventure qui peut sembler totalement folle. Mylène ne le voit pas comme ça. Anciennement infirmière en hémato-oncologie à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, l’aventurière, dotée d’un solide tempérament et d’une nature sportive, ressent le besoin de repousser ses limites. »On se découvre en confrontant nos peurs. Elle est où la satisfaction de faire des choses faciles ? » s’interroge t-elle avant son départ. C’est en 2005, que lui tombe dessus le coup de foudre pour la mer. Elle brave sa peur de l’eau, se lance en 2010 dans une première traversée de l’Atlantique Sud en équipage puis en solo en 2011 sur le Saint-Laurent et son Golfe. Là voilà prête, mentalement et physiquement à s’asseoir et à ramer pendant d’interminables jours dans son bateau de 7,3 mètres, baptisé Hermel, du nom de son constructeur Hermel Lavoie. Cette entreprise n’est pas uniquement personnelle, la québécoise pagaie aussi pour la défense des écosystèmes marins avec le soutien de la fondation David Suzuki, scientifique environnementaliste.

Des baleines pour compagnes

Contrairement à ce que l’on pourrait penser Mylène ne rame pas tous les jours. Dépendante de la météo, au début de son expédition , les rames n’ont été actionnées que 15 jours sur 60. Par gros temps, la navigatrice se réfugie dans sa minuscule cabine. Elle qui craignait davantage l’ennui que la difficulté physique, s’est vite aperçue que sur un bateau, aussi petit soit-il, il y a toujours à faire. A commencer par les perpétuelles réparations, ses rendez-vous quotidiens avec son équipe au sol, le téléchargement de ses photos sur Facebook, et puis toute cette faune qui l’entoure. Les familles d’oiseaux qui prennent un peu de repos sur l’Hermel, les baleines qui font un bout de chemin à ses côtés. « Je ne me sens jamais seule » confesse t-elle. Et puis, malgré l’étroitesse de cette habitation nautique, Mylène est parvenue à y loger un peu de lecture.

Axel Bauer fait désormais figure de poids plume avec  » Cargo de nuit », chanson dans laquelle il se plaint de « trente-cinq jours sans voir la terre,.. trente-cinq jours de galère« . Cette machine sourde et tempête la québécoise n’est pas prête de l’oublier, elle qui est à deux coups de rames de décrocher la position de première rameuse nord-américaine.

D’ici son arrivée, il est possible de suivre en temps réel l’approche de Mylène via la cartographie de son site web http://www.mylenepaquette.com.

C.H.

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