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L’entrée de l’école 42 – 96 Boulevard Bessières Paris 17ème

Sous l’eau pendant quatre semaines

Krystel Charlery fait partie de la génération "je suis en mode…" mais certainement pas en mode silencieux.
Elle ne tarit pas de commentaires sur son passage à 42. Une école pas comme les autres, créée cette année à Paris par Xavier Niel, patron de Free, pour les futurs génies de l'informatique.
Après avoir franchi l'étape des tests sur Internet la voilà prête à faire le grand plongeon dans la piscine. C'est ainsi qu'a été baptisée la deuxième étape pour décrocher le sésame indispensable aux trois années d'étude dans cet établissement hors norme. Krystel n'a pas obtenu son laisser-passer, enfin pas cette fois-ci. Agée de 29 ans, elle retentera l'année prochaine. La seule condition pour entrer à 42 est d’avoir entre 18 et 30 ans, pas de diplôme requis ni de frais de scolarité.

« Notre pédagogie ne vous correspond pas »

Cette indécrottable "ado" revient, avec nostalgie, sur son expérience de quatre semaines (du 9 septembre au 5 octobre 2013). "Pourquoi, pourquoi ?", elle ne comprend pas la raison de son échec. Un mail succinct "Notre pédagogie ne vous correspond pas", suivi de "Vos notes sont trop basses", sont les seules explications qu'a reçues la demoiselle. "J'ai essayé d'en savoir plus, aucune réponse".
Ses souvenirs ne la lâchent plus, à commencer par le lieu qui vous en met plein la vue. Ce grand bâtiment noir, sur lequel flottait encore récemment un drapeau de pirates. Des bataillons d'IMac, au total mille, attendent d'être bousculés par des neurones bouillonnants. Mais pour Krystel, les toilettes décrochent la palme, "Le plus drôle, c'est la porte invisible, une partie du mur qu'il faut pousser !".

Le décor est posé, entrons dans le cœur du réacteur.

"Du fun, de la sueur, de la passion" c’est ce que promet l’équipe 42 en préambule de sa charte. Chez Niel, on ne dort pas, l'école accueille ses occupants 24h sur 24 ! A chacun de gérer son temps de travail et de repos sans se laisser vampiriser par la pression.
8h42, les premiers cours tombent sur les écrans, accompagnés dans la foulée d'exercices.
Ce premier plat est à ingurgiter et à digérer pour le surlendemain 23h42. Dès le lendemain, la machine à laver passe en mode essorage. Nouveaux cours, nouveaux practices s’additionnent à ceux de la veille. Chaque vendredi, des problématiques, niveau école d’ingénieur, pleuvent à grosses gouttes. Un sentiment de jour sans fin, commence à envahir les têtes.

Ma petite guikette, tient le coup, elle usine, dort peu, mange peu et nage dans le bonheur, boit la tasse très souvent. "J’ai au moins appris à être nul !".

« Tigez-moi »

Elle est sage, sûrement trop, avoue-t-elle en soulignant : « Être discipliné, ce n’est pas ce que recherche la team 42 ». Krystel patiente trois jours avant d’utiliser l’outil de communication interne, « j’attendais des consignes ! ». Seulement à 42 les méthodes d’apprentissage n’existent pas. En revanche, les punitions sous forme de TIG (Travaux d’Intérêt Général) pimentent la règle du jeu. Les esprits rebelles placardent sur leur ordinateur "Tigez-moi !". « Une technique de déstabilisation pour affirmer leur supériorité » souligne Krystel avant de préciser « Je n’avais pas de temps à perdre à récurer le grillage à la brosse à dents ». Une bataille psychologique à laquelle se livre cette joyeuse bande d’adeptes du triturage de cerveau.

La journée 24 heures finira d’achever les plus fragiles et confortera les plus férus d’informatique. Krystel flanche, « Ma plus grosse erreur » avoue t-elle. « Je n’ai pas réussi à gérer mon temps, la pression, la fatigue ». La cadence s’emballe durant ce marathon où les exercices s’accumulent.

Ici, Le droit du sol s’offre à tous. « J’ai fait la connaissance d’un menuisier, j’ai côtoyé de vrais génies, de vrais nuls, des opportunistes, des optimistes, des pessimistes, des recruteurs et des journalistes en sous-marin », liste Krystel.

Les bras ballants depuis la fin de ce catharsis, l’ex-étudiante à 42 a repris son activité de Webmaster en freelance. « Il a du toupet, et moi j’en ai manqué » constate-elle en bonne perdante. IL, c’est Xavier Niel, qu’elle a croisé deux ou trois fois.

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