La blogosphère

Quand la blogosphère politique prend des allures de champs de batailles

Le 17 décembre 2012, la présidente de l’association « Rochecorbon ensemble » se voit condamnée à une peine de 500 euros d’amende avec sursis pour avoir laissé paraître sur son Blog un commentaire estimé diffamatoire par son destinataire qui n’est autre que le Maire de la commune, Monsieur Bernard Plat.
Le point de départ de la discorde : l’association se bat pour garder l’indépendance financière et politique de Rochecorbon, petite commune de 2982 habitants en Indre et Loire, tandis que Monsieur Plat souhaite un rattachement à la ville de Tours selon le redécoupage des intercommunalités datant du gouvernement Fillon.
Au grand étonnement de l’association, cette affaire qui est loin d’être une affaire d’état, a retenu l’attention du journal le Monde, qui lui a consacré le 6 janvier 2013 une demi-page.

Le blog par définition est un lieu de libre expression. A ce jour il n’est contraint à aucune règlementation ou déclaration auprès de la CNIL* dès l’instant où il demeure d’utilisation professionnelle, personnelle ou associative. Cependant chaque auteur est responsable du contenu de son blog. Si les propos tenus par le blogueur s’avèrent diffamatoires, celui-ci peut encourir une peine maximale de 1 an de prison et 45 000 euros d’amende selon l’article 29 de la loi sur la liberté de la presse.

« Ces injures, ces dénigrements me plongent dans une profonde perplexité »

Est-ce la justice qui tatonne ? Ou les avocats de la défense ont-ils la parfaite maîtrise du code pénal pour retourner les situations en faveur des accusés ?

Le 17 octobre 2011 Martine Aubry, Maire de Lille, gagne son procès contre un blogueur strasbourgeois. Il déclarait dans son blog que la Maire de Lille était alcoolique, homosexuelle et proche des milieux islamistes. La peine reste faible, doux euphémisme. La condamnation prononcée contraint le Starsbourgeois à verser 1 euro symbolique, le tribunal de grande instance de Paris n’ayant pas retenu le délit de diffamation.
Plus récemment, le 6 novembre 2012, l’ex-secrétaire d’Etat, Rama Yade est blâmée pour avoir tenu sur son blog des propos diffamatoires envers le Maire PS de la ville de Colombes. Elle doit verser 2000 euros d’amendes dont 1000 euros avec sursis.

La blogosphère politique prend parfois l’allure de champs de batailles. Denis, un blogueur très actif et très investi, s’en insurge sur son blog « ces injures, ces dénigrements me plongent dans une profonde perplexité ». Il se bat contre le dénigrement infondé et gratuit. Trop souvent utilisé, comme défouloir par des auteurs au vocabulaire de chartier. Rien de tel, insiste-il pour décrédibiliser ce lieu de libre expression. Il propose une charte labellisant les blogs qui y adhèreraient.

Dans ce monde abyssal des Blogs, pas toujours facile pour la classe politique de se prémunir face à la diffamation. 2500 blogs politiques ont été recensés sur une cartographie publiée sur le monde.fr le 26 décembre 2012.

« Nous n’avons ni le temps ni les moyens d’organiser une surveillance » confie Franck Mouly, chargé du réseau d’information national au Parti Communiste. Le responsable compte sur la vigilance de ces militants et de ses observateurs engagés pour faire remonter l’information s’il y a des différends. « Nous préférons concentrer nos efforts sur notre propre contenu » souligne-t-il.
Chaque parti politique cherche à occuper le plus de terrain possible dans ce réseau tentaculaire en apportant de l’information avec régularité. Ce qui laisse peu de temps pour jouer aux gendarmes.

Le Front National semble plus vigilant. Une équipe de trois à six personnes, suivant les périodes politiques, mène une action de contrôle envers les blogs de leurs propres adhérents. Ici on s’inquiète davantage de ce qui s’écrit au sein de la « famille d’extrême droite » plutôt que de l’extérieur. S’exprimer à l’unisson semble être l’essentiel au Front National., tout en reconnaissant que chacun est responsable de ses dires comme le souligne Monsieur Rachline, délégué national à la communication numérique du Parti.

« Tout contrôle technique est illusoire »

Sera-t-il possible un jour de bloquer les écrits haineux ?
A ce jour les moyens demeurent faibles. La loi qui punit la diffamation n’effraie pas les blogueurs déviants, la plupart du temps, ils se dissimulent derrière un pseudonyme et ne sont donc pas identifiables.
De surcroît, dans cette galaxie du net où l’information circule à la vitesse du son en rebondissant d’un blog à l’autre il est impossible de stopper les polémiques irrespectueuses. Pour Guy Birenbaum, spécialiste des réseaux sociaux, tout contrôle technique est illusoire. Comment un logiciel informatique, même le plus sophistiqué, pourrait-il faire la différence entre un texte subtilement ironique et des propos mal intentionnés. Réflexion publiée dans une interview du Parisien du 9 janvier 2013.

CNIL : Commission nationale de l’informatique et des libertés
BLOG DE DENIS (hébergé sur le site http://www.voie-militante.com)

Christine Hamon

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