Escrocs et fiers de l’être

Mercredi 30 janvier, deux affaires d’escroquerie sont jugées au Palais de Justice de Paris.

Un jeune couple s’avance à la barre de la 17ème chambre du Palais de Justice. Rémi Benjamin comparait pour escroquerie à la carte de crédit. Pauline Suma, sa petite amie et complice, est accusée de recel. La silhouette élancée, la parole facile, le jeune homme raconte son histoire « Je travaille depuis 8 ans à la boutique Monclair, rue du Faubourg St-Honoré à Paris. Je me suis servi des numéros de cartes American Express de clients pour faire des achats personnels sur internet ». Rémi couvre sa petite amie de somptueux cadeaux. « Des robes de chez Lanvin, des chaussures Saint-Laurent » énumère la juge. « Pourquoi, American Express ?» lui demande-t-on « Ces cartes ne réclament pas de confirmation ». Son insolence irrite la procureure «M. Rémi est déconcertant, il a la maîtrise du modus operendi de l’escroquerie. Est-il conscient qu’il encourt cinq ans d’emprisonnement ? ». Le prévenu reconnait les faits et prend toutes les accusations à sa charge. D’une petite voix, la bien-aimée confirme avoir été très gâtée. « Comment, avec un salaire d’employé, votre ami, pouvait-il vous offrir des robes de cette valeur ? Vous ne vous êtes jamais posée de questions ?» interroge la juge, « Ces deux jeunes sont très aidés par leurs parents » répond l’avocat de Pauline. « Les recéleurs sont toujours des naïfs » poursuit-il. L’avocate du jeune homme dresse un bref portrait de son client « M. Rémi, est un enfant, conscient d’être allé trop loin, il veut rembourser ses victimes et soigne son addiction ».
La procureure, réclame de six à huit mois d’enfermement pour Rémi. Aucune inculpation n’est retenue à l’ encontre de Melle Suma.
Rémi sera condamné à verser 30 euros pendant 200 jours ou autant de jours de prison que d’impayés. Pauline sortira libre.

Affaire suivante …

« Nous en avons pour quatre heures » prévient le juge. Jeff Roth est américain, plutôt beau gosse, cheveux longs, regard azur, il comparait pour détournement d’argent. Deux millions de dollars sont en cause. « J’ai du mal à m’exprimer en Français, surtout aujourd’hui où je joue ma vie » s’excuse t-il. »Je comptais transformer en lieu culturel une ancienne usine de bougies à Shangaï, j’avais besoin de 28 millions d’euros ». Deux sceaux impériaux chinois d’une valeur de 3 millions d’euros, partie d’une collection, représente sa garantie. Pour le reste, M. Roth comptait sur des mécènes.
L’un d’eux, présent à l’audience, prend la parole « Je rencontre M. Roth en 2006, à Shangaï, nous nous découvrons une passion pour l’art. En 2007, il me fait part de son projet. En confiance je contracte un prêt de un million et demi d’euros pour l’aider à compléter la collection ».
« Où vous êtes vous procuré ces sceaux ? » demande le juge à l’Américain. « Ils appartenaient à la famille Guimet, du musée Guimet. Grâce à deux investisseurs, M. Abadie et un autre je les ai achetés ». Le juge s’étonne de découvrir cette transaction « Je n’écris pas pour le plaisir d’écrire, M. le juge » s’exclame l’avocate de la défense en brandissant deux épais dossiers. « Elle est toujours en vie cette Madame Guimet ? » demande le juge, « Oui, elle habite en Indonésie, dans la forêt » répond Roth. « Avez-vous une facture de cette dame ? » questionne le juge agacé. « Non, c’est M. Abadie qui la détient» dit l’Américain.

La séance tourne au vaudeville. Les questions pleuvent pour tenter de dénouer l’affaire. Le prévenu prend plaisir à égarer ses interlocuteurs. L’exubérance de son avocate renforce le comique de situation, la salle s’en délecte. « Ces explications nous tombent du ciel » s’exclame le juge qui en perd son latin.
La chute sera brutale, afin d’étudier les nouvelles pièces au dossier, le jugement est reporté aux 10 et 11 septembre 2013.

Christine Hamon

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